RDC: Les Evêques s’interrogent: A quand la paix à l’Est de la RD Congo ?

Gratuit
Recevez toutes nos informations et actualités par Email.

Entrez votre adresse email:

Dans un message daté du 28 mai 2012 et adressé aux autorités congolaises, les Evêques de l’Assemblée Episcopale Provinciale de Bukavu (ASSEPB) ont fait part de leurs préoccupations quant à la situation d’insécurité qui prévaut dans la partie Est de la République démocratique du Congo, dont la convergence d’indices évoque le spectre d’une guerre aux contenus et aux mobiles encore cachés.

Les Evêques indiquent dans leur message que des conflits armés structurés sont de nouveau observés dans le Nord et le Sud Kivu sous des dénominations variées. Ces hostilités entraînent des déplacements massifs des populations à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Ces péripéties sont accompagnées d’une intensification sans précédent du banditisme armé, qui se manifeste par le phénomène de coupeurs de route, de fleuve et de lac, de sorte que s’installe une misère sordide.

Quelques faits et évènements d’actualité montrent en effet, poursuivent les Evêques, que la situation sociale, sécuritaire et politique de notre pays pourrait encore déborder si les autorités nationales et internationales n’y apportent pas l’attention requise. Il s’agit des faits suivants :

  • La reprise des violences des groupes armés au Nord-Kivu, à la suite du mandat de la Cour Pénale Internationale (CPI) pour l’arrestation du Général BoscoNtaganda ;
  • La recrudescence concomitante ça et là de crimes odieux attribués à des bandes et à des individus armés ;
  • Des massacres des populations, des incendies d’habitations, et des déplacements massifs des populations ;
  • Le réveil du mouvement Maï-Maï pour des raisons mal connues ;
  • La mutinerie de soldats à Uvira, l’évasion de militaires à Bukavu et la défection de troupes à Eringeti, dans le territoire de Beni ;
  • Les récents évènements de Bunyakiri qui ont entraîné la mort de dizaines de civils congolais et des blessures de casques bleus ;
  • Les rancoeurs qui naissent chez les gens, dans plusieurs localités de la RD Congo, à cause de déguerpissements de familles entières sur ordre des pouvoirs publics pour lotissements inadéquats, ou pour aliénation du patrimoine immobilier public, fait par des fonctionnaires même de l’Etat ;
  • Beaucoup d’autres faits du même genre donnent aux gens à penser que l’Etat n’existe guère ou qu’en tout cas il ne remplit pas comme il faudrait sa mission régalienne de protéger tous les citoyens, sans discrimination, en leur assurant la sécurité, la paix et la prospérité légitimes.

C’est dans ce climat, martèlent les Evêques, que certains s’improvisent en seigneurs de guerre. Quand on examine certains mobiles avancés, on s’aperçoit qu’ils s’apparentent à des prétextes plutôt qu’aux vrais motifs, notamment :

  • Echapper à la justice pour des délits individuels commis quelque part, dans le passé ;
  • Eviter l’intégration dans les Forces armées ;
  • Maintenir le statu quo favorable à la prédation.

Dans l’entretemps, le pays continue à fonctionner en partie comme une réserve, un no man’s land, une jungle où des contrées sont abandonnées à la merci de groupes d’intérêts, au détriment de populations locales qui, par ailleurs, n’ont que déjà trop souffert de carence d’Etat , ou tout au moins de sa faiblesse manifeste.

En outre, les Evêques reconnaissent qu’il y a certes des avancées visibles dans plusieurs secteurs : la monnaie est stable, le paiement des salaires a commencé à se faire, la police et l’armée sont progressivement équipées, certaines infrastructures sont réhabilitées ou même bâties à nouveaux frais, la lutte contre la corruption se met timidement en route. Le point faible de cette dynamique reste, toutefois, la sécurité des personnes et de leurs biens. Devant le fréquence des meurtres, des assassinats, des viols, des vols, du dysfonctionnement de l’appareil judiciaire, des arrestations et emprisonnements arbitraires entretenus par des magistrats véreux qui remplissent nos prisons de personnes souvent innocentes, en défaveur desquelles les sentences ne sont pas prononcées, les gens sont impatients de voir l’Etat reprendre en mains sa mission et ses responsabilités principales. Cela fait que beaucoup de congolais s’interrogent sur la crédibilité de leur Etat et sur sa capacité à accomplir sa mission régalienne en matière de protection civile. Les hésitations et les ratées sont encore trop nombreuses pour que des initiatives encore relativement limitées soient convaincantes : C’est le cas nous semble-t-il, soulignent les Evêques, en ce qui concerne le déguerpissement d’usurpateurs d’immeubles publics illégalement acquis ou encore de constructeurs anarchiques.

Ainsi par exemple, les citoyens sont-ils choqués de voir l’Etat ordonner la démolition de maisons qu’il a lui-même autorisé à bâtir par ses agents, ses préposés. Le phénomène est interprété comme un usage disproportionné de la force contre le citoyen ordinaire, d’une part, et de l’impunité vis-à-vis de ses propres fonctionnaires, d’autre part.

Toutes ces situations compromettent la crédibilité de l’Etat et poussent les gens à se rendre justice si bien que les cas de lynchages deviennent fréquents. Pour y faire face, il est urgent que les services publics redeviennent efficaces. L’usage de la force relève du seul monopole de l’Etat, d’un Etat normal. C’est un langage que le pouvoir devrait tenir clairement aux groupes armés, quels qu’ils soient et à tout malfaiteur faisant usage de la force. L’Etat doit condamner sévèrement auteur, coauteur et complice de toute infraction contre la société.

Mais pour parvenir à de meilleurs résultats, une réforme en profondeur de l’administration s’impose : que dans les textes et dans les moeurs administratives, les agents soient désormais tenus pour responsables de leurs actes au civil et au pénal, lorsqu’ils lèsent l’Etat ou le privé.

Il faut également oeuvrer à la conversion de mentalités de la part de la population dans le sens de s’imprégner, elle aussi, du sens du bien commun. Car, dans le phénomène de la corruption, le corrupteur et le corrompu sont deux personnes en infraction.

En guise de conclusion, les Evêques ont exprimé leur attachement à l’unité, l’intégrité et la souveraineté du pays et ont exhorté la classe politique et la population à persévérer dans ce sens. ” Nous avons besoin de conjuguer nos efforts pour ne pas voir notre pays voler en éclat sous l’effet de forces centrifuges qui comptent beaucoup de prédateurs à l’intérieur comme à l’extérieur “, ont martelé les Evêques. ” Nous exhortons les autorités congolaises à mettre tout en oeuvre pour que le 30 juin 2012 sur l’ensemble du territoire national, les citoyens célèbrent dans la dignité et la paix, le 52è anniversaire de l’indépendance “. ” Nous saluons les efforts fournis dans le sens de la bonne gouvernance, nous souhaitons voir respecté le calendrier électoral. Nous exhortons les autorités politiques de notre pays à rester vigilants vis-à-vis des forces centrifuges, internes ou externes, qui sont portées à balkaniser notre pays, la RD Congo “.

Rédaction/ArcEnCiel.agence-presse.net

  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags XHTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>